Avec ce nouveau numéro de Passage, nous avons choisi de mettre en lumière une problématique à la fois éloignée et très proche des grands thèmes liés à la mort, aux obsèques et au deuil que nous avons déjà traités dans nos pages. Car les morts oubliés dont nous parle le dossier de ce magazine sont un révélateur de l’état de notre société. Ceux qui sont négligés lors de cette étape ultime sont en effet souvent les mêmes que ceux qui dérangent nos certitudes durant leur vie. Si certains morts oubliés révèlent une indéniable dégradation du lien social et familial, notamment dans le cas des personnes âgées, le fait qu’une solidarité spontanée émerge aux côtés des laissés pour compte marque une aspiration à l’humanité par delà la mort et au coeur même de la vie. Faire reconnaître officiellement une personne décédée contribue de manière forte à lui redonner la dignité que, vivante, elle avait peut-être perdue. C’est bien le sens du travail de tous les accompagnants, professionnels et associatifs, que d’affirmer l’importance de chaque être humain, au delà de toute considération de statut social. C’est aussi de rendre à notre société son sens profond de communauté humaine en offrant une reconnaissance collective tout autant que tardive à ceux qui n’en n’ont pas bénéficié auparavant. D’aucuns s’interrogent certainement sur la nécessité de s’impliquer auprès de défunts alors même que tant de vivants nécessitent soins et attention. C’est oublier qu’un groupe humain n’a de sens qu’en regard de ses valeurs et de leur transmission. De ce point de vue, accorder son attention aux défunts est une nécessité pour les vivants. Affirmer que chaque être humain, chaque membre d’une société, aussi fragile fut-il, a droit à la reconnaissance, même posthume, de son existence, est un soutien pour ceux qui croient en des valeurs humaines, un espoir pour ceux qui aspirent à se voir offrir une légitimité et une justification pour tous du mot humanité.  
Philippe Lerouge Président-directeur général d’OGF |