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PORTRAIT / HISTOIRES D’OS
Philippe Charlier Histoires d’os


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Médecin légiste et paléopathologiste, un jour fouillant les tombes archéologiques, le lendemain se rendant dans une salle d’autopsie, Philippe Charlier observe la mort avec un double regard, mettant au service de la médecine moderne les techniques et les connaissances acquises au travers de l’étude des squelettes du passé.
Et inversement. |

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Enthousiaste, souriant et passionné, le docteur Philippe Charlier se définit lui-même comme un médecin des morts, “comme il y a des médecins pour les vivants. La différence c’est que ces médecins doivent souvent affronter la maladie, l’angoisse, la souffrance de leurs patients. Ce n’est pas mon cas.” Il passe en effet la majeure partie de sa vie professionnelle avec les morts, ou plus exactement avec leurs ossements. Que ceux-ci datent de la semaine dernière ou des siècles passés. Médecin – anatomo-pathologie et médecine légale – à l’hôpital universitaire Raymond Poincaré de Garches (dans le service du professeur Michel Durigon), il pratique avec cinq autres médecins de l’hôpital quelque 400 autopsies par an. Autopsies demandées par les services de police ou de justice, ou autopsies scientifiques pour élucider une mort à l’intention du corps médical ou d’une famille. En outre, ce jeune trentenaire, titulaire d’un doctorat ès-lettres et chercheur associé au CNRS, est en France l’un des rares spécialistes de paléopathologie, l’étude médicale des squelettes anciens. Féru d’histoire, passionné d’archéologie, médecin légiste : c’est en cumulant ces compétences que Philippe Charlier traque l’histoire en partant de ce qui nous en reste : les ossements de ceux qui l’ont faite. “Je puise dans l’archéologie les moyens d’études utilisés ensuite dans la médecine légale, et inversement, explique-t-il. Chaque connaissance de ces domaines vient renforcer l’autre. Un travail passionnant en même temps qu’une somme infinie de possibilités encore à découvrir. Chaque réponse débouche sur de nouvelles questions. Plus j’apprends, moins je sais…”
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Loin de vouloir réécrire l’histoire, il veut comprendre et expliquer. Quand, à partir des restes d’Agnès Sorel, il détermine, avec son équipe, que la favorite du roi Charles VII a été empoisonnée au mercure, il énonce un fait scientifique. Il laisse aux historiens le soin de décider s’il s’agit d’un empoisonnement volontaire ou d’une erreur médicale. Comment sont morts Richelieu, Descartes et de nombreux saints ? Les ossements de Jeanne d’Arc pieusement conservés sont-ils ceux de la pucelle d’Orléans ? Comment et pourquoi les corps des Médicis ont-ils été momifiés ? Autant de sujets et de questions passionnantes pour qui s’intéresse aux parcours des morts de l’histoire et que Philippe Charlier aborde avec talent et curiosité dans Médecin des morts, récits de paléopathologie(1) et dans son dernier ouvrage “Les monstres humains dans l’Antiquité”, analyse paléopathologique(2). Egalement membre-fondateur de l’Association Française de Paléopathologie et de Pathographie(3), ce médecin est un infatigable chercheur, réunissant en fonction des besoins et de l’enquête, les meilleurs experts de chaque domaine, toxicologue, radiologue, ORL, dentiste, voire “nez” travaillant chez des parfumeurs lors de l’ouverture de tombes médiévales avec soins d’embaumement sur le cadavre. Une “dream-team” interchangeable à chaque nouveau cas, au service d’une meilleure compréhension du passé. “Ensemble, nous essayons de combler les lacunes dont l’histoire et la science regorgent concernant les conditions dans lesquelles des personnalités ou des populations sont décédées au cours des précédents siècles. Mieux connaître la vie de quelqu’un des centaines d’années après, ”simplement” à partir de ce que sa mort nous a laissé, quel défi ! ”
■Une approche humaine avec un regard scientifique ■
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“Non, la mort ne me fascine absolument pas, affirme cependant Philippe Charlier. Même si la présence de squelettes, surtout vieux de quelques siècles, peut être apaisante. L’essentiel est d’être objectif, respectueux vis-à-vis de ce qui fut une personne vivante, qui a aimé, vécu, souffert. Un crâne c’est d’abord une vie, une parcelle d’existence. Mon travail est d’abord technique : trier, analyser, faire des hypothèses, en éliminer beaucoup, en conserver quelques rares. Même si rien ne m’interdit de m’interroger quand on me réquisitionne pour examiner le corps d’une personne dont on découvre le cadavre plusieurs semaines après sa mort.” Une objectivité scientifique indéniable alliée à un formidable respect humain. “Etre utile, tout en étant heureux, et répondre aux questions que la vie et la mort nous posent” résume-t-il. Un travail ni morbide ni déprimant ; des questions sont posées, il faut y répondre. “Au contraire, plaide-t-il, plus je côtoie la mort, violente ou apaisée, récente ou archéologique, plus je goûte aux plaisirs de la vie. Et chaque nouveau cas enrichit les connaissances globales sur la mort. Archéologie et médecine s’interpellent, s’entre-croisent, concourent à justifier une réponse que l’on souhaite la plus fiable et précise possible.”
La mort des autres, d’hier et d’aujourd’hui, quel sujet de vie ! ■
- (1) Fayard, 2006
- (2) Fayard, 2008
- (3) Organisé par le docteur Philippe Charlier, le 3ème colloque international de pathographie se déroulera à Bourges du 3 au 5 avril 2009.
Pour en savoir plus :
http://pathographie.blogspot.com |
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