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Comment se libérer des images traumatiques  de la mort ?

14 août 2018
​​Ces images, que l’on voudrait exfiltrer de sa mémoire, s’accrochent, immuables et terrorisantes. Quand on a vu la mort en face, quelle que soit la forme que cela a pris (suicide, accident, attentat…), on porte une empreinte traumatique qu’il s’agira non pas d’effacer, mais de « désensibiliser ». Pour cela, Joëlle Saint-Auret, neuro-psychopraticienne et chercheuse, préconise une double approche, scientifique et psychologique.

PFG et PSYCHOLOGIES s'allient pour vous proposer des éléments de réflexions sur des questions fondamentales autour du deuil. Des réponses simples et aidantes d'experts permettront d'accompagner tous ceu​x qui viennent de perdre un proche et leur entourage dans ce moment éprouvant.


 


 Témoignag​e :

" J’avais 22 ans. Un soir de janvier, je suis allé rendre visite à mes parents qui vivaient à Lyon. Arrivé en bas de l’immeuble, un attroupement. Quelqu’un m’a dit : «Ton frère vient de se suicider…» Je suis monté au deuxième étage, et il n’y avait plus rien. Juste une sangle. J’ai dormi avec mes parents pendant plusieurs jours. Et cette image-là revient me hanter depuis trente ans.​"

 Christophe, 52 ans, Metz.​



Consulter un spécialiste

« À la suite d’un grave traumatisme, on pense parfois pouvoir traverser la douleur tout seul, observe Joëlle Saint-Auret. Mais si c'est possible pour un chagrin plus léger, ça ne l’est pas dans ce cas. Car la seule façon pour le cerveau limbique (comprenant les structures cérébrales clés dans la production et la gestion des émotions, telles que l’amygdale, l’hippocampe et l’hypothalamus) de se faire entendre et comprendre, c’est de manifester des troubles physiques et mentaux. Si la souffrance n’est pas évacuée de cette région cérébrale, elle deviendra somatique à un moment ou un autre, se transmettra au corps par la voie d’une dépendance, d’une addiction, de crises de panique ou autres comportements. Tout ce qui n’est pas soigné continue d’agir en nous. D’où l’importance de consulter au plus tôt. »​


Démystifier le poids des images

« Pour cela, il faut comprendre ce qui se joue dans notre système cérébral, poursuit la spécialiste. Je l’observe chaque jour dans mon cabinet : le simple fait d’expliquer à un patient ce qu’il est en train de vivre, les étapes qu’il devra traverser et la façon dont les émotions violentes cheminent dans nos trois cerveaux (le reptilien, le limbique et le néocortex) lui permet de s’alléger. C’est véritablement cette compréhension qui mène à la guérison. C’est pourquoi l’approche neuro-psychologique (qui combine les dernières avancées des neurosciences et de la psychologie classique) me semble la plus pertinente, car elle inscrit l’événement traumatique dans une frise de vie plus globale. On ne peut pas isoler un seul événement. Notre réaction au stress et la façon dont on va en sortir dépendent de ce que l’on a vécu au cours de notre vie. J’ai suivi des rescapés du Bataclan avec lesquels nous n’avons pratiquement jamais travaillé sur les images de l’attentat, trop violentes, mais sur les autres traumatismes de l’enfance. On parle même de “stress en wagons” : quand vous en tirez un, le reste suit. »


Se reconnaître comme victime

« Souvent, on se sent coupable parce qu’on ne se croit pas assez fort pour affronter la douleur, précise Joëlle Saint-Auret. Le simple fait de reconnaître sa propre souffrance comme un état normal permet de calmer le démon, et de se sentir moins seul. Ce que l’on vit, d’autres le vivent aussi. C’est l’étape la plus importante vers la reconstruction : se considérer victime et non plus responsable. C’est d’ailleurs à cela que sert le statut de reconnaissance des victimes, dans le cadre des attentats notamment. »​


Quelle thérapie choisir ?​

Pour apaiser la douleur et rendre le souvenir « supportable », plusieurs techniques et thérapies ont montré leur efficacité.
Selon Joelle Saint-Auret, c’est le profil neuro-psychologique et l’état émotionnel du patient qui doivent déterminer l’approche thérapeutique : hypnose, sophrologie, TCC (thérapie cognitivo-comportementale), DNR (deep neural repatterning), EFT (emotional freedom techniques). Ou encore l’EMDR (eye movement desensitization and reprocessing), découverte par Francine Shapiro, psychologue américaine, et principalement utilisée dans les cas de stress post-traumatique.
​La thérapie se termine quand le patient parvient à associer au souvenir traumatique une pensée constructive et pacifiée, et peut enfin évacuer les dernières manifestations physiques désagréables.


À voir​

Attentats, agressions, surmonter le traumatisme, documentaire réalisé par Lucile Degoud (France, 2018, 53 minutes) sur YouTube.


À lire​

​L’Orfelin, Alexandre Lacroix (J'ai lu)
Alexandre Lacroix n’a que 11 ans lorsqu’il découvre le corps pendu de son père. « Cette corde tirée, ce cou cassé, la mollesse étrange de ce corps signifiaient la rupture de toutes les structures qui soutenaient jusque-là, dans ma tête d’enfant, le monde » écrit-il. L’Orfelin est son roman de l’âge adulte, de l'apprentissage et de la délivrance. S'y entremêlent le passé – le temps de l’enfance et de l’innocence, comme le poison des secrets de famille –, et le présent, la vie que l'on construit avec tout ça.







Rédigé par : Marie Lannelongue


La Fondation PFG soutient les associati​ons accompagnant le deuil 

La Fondation PFG - créée en 2009 sous l’égide de la Fondation de France – s’engage à soutenir les initiatives locales et projets d’intérêt général autour de la fin de vie et du deuil par l’attribution de dons aux réseaux associatifs partout en France. 

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