PFG à vos côtés

Après la mort d'un enfant, peut-on être de nouveau heureux ?

28 septembre 2018
​« Oui, je suis à nouveau bien dans ma vie, je ne pensais pas que ce serait possible. » Tout endeuillé va pouvoir dire ça un jour. Même si c'est un « oui, mais... », parce que la joie n'est jamais complète. Nadine Beauthéac, psychothérapeute et auteure de 100 Réponses aux questions sur le deuil et le chagrin (Le Livre de poche) nous explique le processus – qu'elle connaît pour l'avoir vécu – qui conduit du chagrin le plus profond à une forme de réconciliation avec la vie.

 

PFG et PSYCHOLOGIES s'allient pour vous proposer des éléments de réflexions sur des questions fondamentales autour du deuil. Des réponses simples et aidantes d'experts permettront d'accompagner tous ceux qui viennent de perdre un proche et leur entourage dans ce moment éprouvant.


 

 


 Témoignag​e :

" Un an après la mort de notre fils de 13 ans, j'ai rejoint l'association Apprivoiser l'absence, où j'ai pu enfin parler librement de mon enfant, de mon désespoir, de ma révolte...
​​​Mon mari et mes deux autres fils étaient enfermés dans le silence. Je sentais chez mes amis un malaise. Là, entre parents endeuillés où l'on se comprend à demi-mot, je me suis sentie portée, écoutée. J'ai pu rire pour la première fois depuis des mois. Et si aujourd'hui j'ai retrouvé le goût de vivre, c'est grâce à l'entraide formidable que j'ai trouvée auprès de ces gens qui traversaient le même drame. " 

                                   Emmanuelle, 46 ans, Vannes.


La douleur massive de l'absence

« Avec la perte d'un enfant, quel que soit son âge, nous perdons la confiance en la vie et la confiance en soi. Il y a le manque, massif, insupportable. La sensation d'être amputé, la douleur indescriptible. Et l'incompréhension, la colère. La vie elle-même nous paraît d'une cruauté insoutenable. Nous sommes envahis par cette “culpabilité du survivant”, dont parlait Freud, encore plus vive pour des parents : “Qu'ai-je fait ou que n'ai-je pas fait ? Comment puis-je vivre alors qu'il n'est plus là ? Pourquoi lui et pas moi ?”
​Nous nous pensions tout-puissants pour notre enfant, en charge de le protéger de tout. Et la vie vient nous percuter violemment, nous rappeler que nous ne sommes pas surhumains.
Les parents endeuillés ont tendance à dire que “perdre un enfant, c'est le pire”. Dans les associations, les différents intervenants ne pensent pas comme ça. La mort d'un être fondamental dans notre vie, de ceux autour desquels notre psychisme s'est fondé – il y en a trois ou quatre –, c'est toujours “le pire”. Quand j'ai moi-même perdu mon bébé, je pensais que c'était le pire qui pouvait m'arriver. Puis j'ai perdu mon mari et j'ai la sensation et l'image que j'étais dans une cave dans le noir, j'avais descendu une marche avec la mort de mon enfant, et j'en descendais une autre encore plus profonde, avec la mort de mon mari. »


 

Se réconcilier avec la vie

« Je me souviens d'une maman dont l'une des filles – elle en avait deux – était morte de maladie. Elle me disait : “Nadine, je ne sais pas dans la famille, comment on passe de quatre à trois.” Et c'est en effet une opération extrêmement difficile. Comment va-t-on intégrer ce bouleversement dans notre vie familiale. Il y a effondrement pour chaque membre qui la compose. Il va falloir trouver les ressources pour endurer la violence de l'absence, puis pour retrouver une place sans celui qui n'est plus. Cela prend des années. De mon observation, entre cinq et dix ans. C'est pour cela que je me bats beaucoup contre les suspicions hâtives de “deuil pathologique”. J'ai accompagné une maman qui pendant des années n'a pas pu toucher à la chambre de sa fille de 7 ans, morte d'un accident de ski. Et puis un jour, elle en a été capable, et son fils a pu s'y installer. Notre psychisme avance extrêmement lentement, comme l'a bien décrit Freud. Au bout de longues années, nous allons développer de nouvelles capacités à éprouver du bonheur. Mais il reste l'absence, toujours là, cet enfant qui n'a jamais grandi. On vit aussi avec ce manque. Contrairement à ce qu'affirment certains thérapeutes, je pense que l'on n'accepte jamais. Je dirais plutôt qu'avec le temps “on fume le calumet de la paix avec la vie”. On retrouve un plaisir de vivre, mais c'est un chemin très long, très difficile. C'est important de laisser chacun avancer à son rythme. »


 

La nécessité de parler du défunt

« Dans la plupart des familles, on pense que le mieux pour aider les parents à s'en sortir, est d'éviter de parler de l'enfant disparu. Or c'est précisément de cela dont la plupart souffrent. Surtout les mères. L'une d'elles me confiait qu'il lui arrivait, pour “ne pas plomber l'ambiance” de dire “deux”, quand on lui demandait combien elle avait d'enfants, pour ne pas évoquer ce troisième qu'elle avait perdu. La violence que c'était pour elle de faire comme s'il n'avait pas existé, et le soulagement que ça lui apporterait de pouvoir parler de cet enfant librement. Michel Hanus, psychiatre, psychanalyste, spécialiste du deuil, avait coutume de dire : “C'est quand on parle des morts qu'ils ne deviennent pas des fantômes.” Le fantôme, c'est le mort auquel tout le monde pense, sans pouvoir l'évoquer. » .​


 

Trois films pour mieux comprendre le deuil d'un enfant ​​

Voyage en Chine, de Zoltan Mayer.

Le voyage initiatique d'une mère partie en Chine pour rapatrier le corps de son fils.

 

La Chambre du fils, de Nanni Moretti.

La recomposition d'une famille après la mort du fils cadet d'un accident.

 

Des gens comme les autres, de Robert Redford

La mort accidentelle du frère aîné dans une famille conventionnelle, vue par le cadet. Et l'effondrement des apparences. ​




 
 
Rédigé par : Aude Goullioud pour PSYCHOLOGIES


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