PFG à vos côtés

La mort des parents : une étape délicate

31 octobre 2018
C’est dans l’ordre des choses… Il était très malade… Il a eu une belle vie… On a beau savoir tout cela, la disparition de notre père ou de notre mère est toujours un bouleversement. J.-D. Nasio, psychiatre, psychanalyste, auteur du Livre de la douleur et de l’amour (Petite Bibliothèque Payot), nous en explique les raisons.
 

PFG et PSYCHOLOGIES s'allient pour vous proposer des éléments de réflexions sur des questions fondamentales autour du deuil. Des réponses simples et aidantes d'experts permettront d'accompagner tous ceux qui viennent de perdre un proche et leur entourage dans ce moment éprouvant.​​



 


 Témoignag​e :

" Mon père souffrait tant que je pensais que sa mort serait, pour lui et pour moi, un soulagement. Je n’imaginais pas être à ce point affectée. À 48 ans, je me suis retrouvée orpheline, comme une petite fille. Comme si tout un pan de ma vie s’en était allé avec lui.

Anna, 51 ans, Paris.


Une nouvelle image de soi

​​Le décès du père ou de la mère lorsque l’on est adulte marque une nouvelle étape de vie, un passage. Du jour au lendemain, nous ne sommes plus le fils ou la fille dans le présent, nous devenons le fils ou la fille dans l’histoire, explique J.-D. Nasio. Soudain, c’est comme si notre enfance, nos souvenirs avaient changé de couleur. Avec la mort d’un des deux parents, nous sommes privés de la protection que celui-ci nous assurait, même s’il était loin, même si sa protection était diffuse, imperceptible. L’horizon a changé. Avant, nous disions par exemple : « Mon père habite dans le sud de la France… » Désormais, il n’y a plus personne là-bas, nous n’avons plus ce repère.
Quant à l’image de nous-même, elle se nourrit de l’image que les autres nous renvoient de nous. Ainsi, lorsqu’un parent meurt, nous perdons l’image qu’il nous renvoyait, et tout particulièrement celle de nous, enfant. Bien sûr, d’autres proches nous offrent cette représentation intime : compagne ou compagnon, amis, enfants… Mais si un parent meurt, une partie de nous vient à manquer. À présent, c’est à nous de nourrir notre propre image.


Des sentiments complexes

​​Au chagrin, se mêle souvent un sentiment de culpabilité ou de colère, constate le psychiatre. Le regret d’avoir manqué les occasions de parler avec ce père ou cette mère, de partager des sentiments restés enfouis. « J’avais tant de choses à lui dire… Tout simplement que je l’aimais. Je ne pourrai plus jamais les lui dire. » Ou à l’inverse, la blessure liée au décès du parent sans qu’il ait pu nous dire ce que nous avons attendu toute notre vie : qu’il était fier de nous, qu’il nous aimait ou qu’il avait confiance en nous. Sa mort emporte avec elle tous nos espoirs de réconciliation. Autre sentiment très fréquent : celui d’être inconsolable. Ce sentiment peut durer pendant des années et se manifester par le refus d’accepter tout substitut qui pourrait « remplacer » le défunt. Ainsi, il est fréquent que les enfants, au-delà des problèmes de succession, vivent très mal le remariage de leur mère ou de leur père.


Apprendre à aimer autrement

La façon dont la mort survient est un paramètre important dans le deuil. À la suite d’une longue maladie, la douleur est permanente, comparable à une lente hémorragie, qui nous mine. À la suite d’un accident, c’est un séisme, le sol se dérobe sous nos pieds et nous nous effondrons. Nous avons besoin de plus de temps pour rebâtir des repères. Car le deuil est un temps, rappelle J.-D. Nasio. Le temps qu’il faut pour apprendre à vivre avec l’absence de celui, aujourd’hui disparu, que nous avons tant aimé.
Mais le deuil, c’est aussi le temps nécessaire pour apprendre à aimer autrement l’absent : c’est un changement d’amour. Petit à petit, nous apprenons à aimer son image, son souvenir, son effigie. Nous allons au cimetière ou nous nous retrouvons aux dates anniversaires pour vivre un moment d’amour ​avec ce parent décédé et nous rappeler que nous existons grâce à lui. C’est aussi une touchante manière de retrouver notre enfance et d’aimer notre propre histoire.


À lire

Un père, une mère méconnus, voici deux récits magistraux et libérateurs.

L’Invention de la solitude de Paul Auster
« Paul Auster est devenu écrivain parce que son père, en mourant, lui a laissé un petit héritage qui l’a soustrait à la misère. Le décès du père n’a pas seulement libéré l’écriture, il a littéralement sauvé la vie du fils. Celui-ci n’en finira jamais de payer sa dette et de rembourser en bonne prose le terrifiant cadeau du trépassé », note Pascal Bruckner à propos de ce premier livre de Paul Auster, composé de deux parties, « Portrait d’un homme invisible » (le père) et « Le livre de la mémoire » dans lequel il interroge la mémoire familiale (Actes Sud).

Emportée de Paule du Bouchet
« Je ne peux parler de ma mère sans évoquer les contours d’un paysage étrange qui me constitue. Celui de la disparition. » Paule du Bouchet a
6 ans lorsque sa mère, Tina Jolas, tombe follement amoureuse de René Char et quitte sa famille pour vivre sa passion. Comment parler de sa mère quand elle vous a abandonnée ? Comment apprendre à vivre sans elle, maintenant qu’elle est morte, alors qu’elle nous a manqué toute notre vie ? En tentant de comprendre et d’en faire le portrait, l’auteur se réconcilie avec cette mère « emportée », et avec sa propre histoire (Actes Sud).


A lire aussi, dans les dossiers PFG à vos côtés –Les différentes étapes du deuil​.​​​​​​​​​

Rédigé par : Aude Goullioud pour PSYCHOLOGIES


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