PFG à vos côtés

Pas tout à fait un proche, mais… Un deuil difficile

31 décembre 2018
​​C’est un manager qui nous a embauché, un médecin qui a pris soin de nous, un psy qui nous a suivi… Ce n’est pas à proprement parler un proche, pourtant sa mort nous plonge dans le chagrin. Loin d’être secondaires, c​es deuils ont une signification profonde. Explications d’Évelyne Bissone Jeufroy, psychologue, coach et formatrice à l’École de psychogénéalogie clinique Anne Ancelin-Schützenberger, et auteure, avec cette dernière, de Sortir du deuil, surmonter son chagrin et réapprendre à vivre (Payot).

PFG et PSYCHOLOGIES s'allient pour vous proposer des éléments de réflexions sur des questions fondamentales autour du deuil. Des réponses simples et aidantes d'experts permettront d'accompagner tous ceux qui viennent de perdre un proche et leur entourage dans ce moment éprouvant.​​



 


 Témoignag​e :

" Mon psy, c’était comme mon père, en mieux. Il avait accompagné toute ma progression, il avait été là aux phases charnières de ma vie, dans les grands moments de joie comme dans ceux de désarroi. C’est à lui, bien plus qu’à mon vrai père, que je dois d’être la femme que je suis aujourd’hui. À sa mort, je me suis sentie perdue, dévastée, comme orpheline. Et personne autour de moi n’a compris mon immense peine".

Rose, 54 ans, Paris.


Il n’y a pas de deuil mineur ou secondaire

​​Nul besoin de liens de sang pour déterminer l’intensité d’un deuil. « Seul le chagrin que nous ressentons peut donner la mesure de notre attachement, explique Évelyne Bissone Jeufroy. Et si ce chagrin est profond, c’est que la personne qui vient de mourir a incarné une relation affective forte. Il n’y a jamais de deuil “mineur” et personne ne doit en juger.

J’ai suivi en consultation un jeune homme qui avait vécu tous ses week-ends et tous ses étés d’enfance chez la meilleure amie de sa mère, elle qui n’avait pas d’enfant. Il disait : “Chez elle, j’existais.” Sa “mère de cœur”, c’était elle, pas sa vraie maman. De la même manière, un patron, inconsciemment, peut être une représentation du père.

Des infirmières racontent aussi que la mort de certains patients est plus douloureuse que d’autres, simplement parce qu’elles projettent sur eux leur mère, leur frère ou un autre membre de leur famille proche. C’est pourquoi il est important de comprendre la signification d’un deuil, quel qu’il soit, dès lors qu’il nous attriste profondément. »​

Nous vivons trois deuils en un

​​« Quand une personne aimée disparaît, on subit non pas une mais trois pertes, détaille Évelyne Bissone Jeufroy.

​La perte de l’objet d’amour (son doudou pour un enfant, le professeur qui nous a tiré d’affaire et qui nous a fait sentir que nous étions quelqu’un de valable, un patron, un collègue, un médecin…).

Ensuite, la perte de notre sécurité. De nombreux patients affirment ainsi qu’ils se sentent en deuil quand leur médecin prend tout simplement sa retraite. Parce que cette relation affective, qui s’est construite avec lui, est nourrie de réassurance et d’un fort sentiment de sécurité.

​​Enfin, il y a la perte de celui ou celle que l’on a été jusqu’à ce moment-là. Pour toujours. On aura beau reconstruire une autre relation, ce qui a été vécu ne sera jamais plus. Avec l’autre, c’est un peu de soi qui s’en va. »


Dire adieu, d’une manière ou d’une autre

« Lorsque l’on n’a pas pu participer à un rituel organisé, ce qui arrive souvent, à la mort d’un thérapeute par exemple, le processus du deuil est entravé.
​Il faut pourtant pouvoir dire adieu à la personne décédée, recommande Évelyne Bissone Jeufroy. Trouver sa façon de le faire, quand on n’a pas été invité, ou parce que, ainsi, on croyait vous préserver. 

Une de mes patientes, âgée de 38 ans, me racontait qu’elle ne s’était jamais remise de n’avoir pas assisté à l’enterrement de son professeur de français, auquel elle était très attachée, quand elle avait 15 ans. Ensemble, nous avons revisité ce moment non vécu, et imaginé tout ce qu’elle aurait voulu dire à cet enseignant, si seulement elle avait pu être présente le jour de ses obsèques. Cet adieu différé l’a soulagée d’un grand poids. Car les deuils inachevés nous encombrent, ils continuent de cheminer en nous, ils nous enlèvent notre énergie, et nous empêchent de nous projeter dans un futur ou de nouveaux projets. »


Etre à l'écoute de ce que l'on ressent

​​Pour résumer on pourrait dire que chaque deuil est parfaitement singulier, que chacun traverse cette épreuve comme il le peut, selon son histoire, qu'il n'y a pas de normes.
​Oui, on peut pleurer, même vingt ans après, à l'évocation de certains souvenirs. Cela n'a rien de pathologique ou d'alarmant. Mais si après des mois, nous sommes toujours incapables de reprendre une partie de nos activités, que tout est à l'arrêt, il est primordial de trouver un espace où libérer sa parole, se sentir accompagné pour pouvoir, petit à petit, ne plus être "collé" au défunt, et réinvestir sa vie. Pour cela, il ne faut pas hésiter à demander un soutien à une association d’aide aux endeuillés, à son entourage, à un thérapeute.


À la mort du psy, un fort sentiment d’abandon

C’est un sujet très discuté sur les réseaux sociaux et dans les forums. Et pour cause : mal compris par l’entourage, ce type de deuil se vit le plus souvent seul et vient rompre un attachement très intime.
​Outre le sentiment d’abandon partagé par la plupart des endeuillés, d’autres émotions viennent s’en mêler : la culpabilité (« Ai-je été aussi généreux qu’il l’a été pour moi ? »), la colère (« Pourquoi ne m’a-t-il pas informé de sa maladie ? »), l’impuissance (« Qui va m’accompagner maintenant ? ») et l’idée d’une terrible rupture de contrat.

L’une des rares études sur ce thème* est celle du psychiatre Yann Auxéméry. « Une relation thérapeutique qui s’établit depuis de nombreuses années et au sein de laquelle le praticien a été l’archiviste et le dépositaire des secrets les plus intimes ne peut s’interrompre brutalement sans souffrance », écrit-il. Il donne des pistes de compréhension et, surtout, comme la plupart de ses confrères, conseille de poursuivre sans attendre, avec un autre thérapeute, le travail entamé. 

*« Reprendre le chemin des soins après la mort accidentelle d’un thérapeute : quelle articulation des patients et des soignants ? » (Annales médico-psychologiques, février 2015).


A lire aussi, dans les dossiers PFG à vos côtés –Les différentes étapes du deuil​.​​​​​​​​​​

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Rédigé par : Marie Lannelongue


La Fondation PFG soutient les associations accompagnant le deuil 

La Fondation PFG - créée en 2009 sous l’égide de la Fondation de France – s’engage à soutenir les initiatives locales et projets d’intérêt général autour de la fin de vie et du deuil par l’attribution de dons aux réseaux associatifs partout en France. 

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