Comment honorer la mémoire des défunts ?

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En partenariat avec : Psychologies
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Longtemps après leur mort, les personnes que nous aimions continuent de cheminer en nous, comme une « présence-absence » indescriptible. Pour leur rendre hommage, chacun invente son rituel : cérémonie commémorative, groupe de parole, objet précieux… Le point sur des approches singulières.

PFG et PSYCHOLOGIES s'allient pour vous proposer des éléments de réflexions sur des questions fondamentales autour du deuil. Des réponses simples et aidantes d'experts permettront d'accompagner tous ceux qui viennent de perdre un proche et leur entourage dans ce moment éprouvant.

Avec Nadine Beauthéac, psychothérapeute, spécialisée dans l’accompagnement des endeuillés, auteure de 100 Réponses aux questions sur le deuil et le chagrin (Le Livre de poche) ;

Valéria Milewski, doctorante en sciences humaines et sociales, fondatrice de l’association Passeur de mots-Passeur d’histoires et coauteure de l’ouvrage collectif Récits de soi face à la maladie grave (Lambert-Lucas) ;

Simone-Aimée Le Mazou, présidente de l’association Source de résilience.

Intérioriser le défunt pour retrouver sa liberté d’agir au quotidien

« On entend trop souvent qu’après un deuil il faudrait “laisser partir le mort et tourner la page”. Cela n’a aucun sens! Toute personne formée au deuil ou ayant vécu un deuil le sait, explique Nadine Beauthéac. Quand un proche disparaît, notre moteur de vie s’enraye et notre psychisme s’affole. Il est impossible de passer de la vie “avec” à la vie “sans” du jour au lendemain. Il faudra traverser un “sas de l’absence”, pendant lequel le travail de deuil est très intense. On va se réorganiser psychologiquement et maintenir un lien avec le défunt, quelle qu’en soit la forme : en portant ses vêtements, en conservant ses objets, en se recueillant auprès de sa tombe, etc. La personne aimée n’est plus là, mais on a encore besoin d’être en lien avec elle, et de passer d’une absence extérieure à une présence intérieure. »

La biographie hospitalière, un supplément de vie par l’écriture

« En 2007, j’ai initié un projet hospitalié destiné aux personnes gravement malades en situation palliative, relate Valéria Milewski. Je leur proposais de se raconter à un biographe, membre de l’équipe soignante et dûment formé pour cela, et de recevoir – elles-mêmes ou une personne désignée – le livre de leur histoire. De cette expérience est née l’association Passeur de mots-Passeur d’histoires. Nous avons ensuite mené une recherche, avec des anthropologues et des éthiciens, pour mieux comprendre les bienfaits de cette nouvelle discipline, qui fera bientôt l’objet d’un diplôme universitaire. »

Il est impossible de passer de la vie “avec” à la vie “sans” du jour au lendemain.

Un double cadeau

« La personne qui décide de faire le récit de sa vie veut laisser une trace, précise Valéria Milewski. Elle conjure la mort en faisant perdurer son histoire, habitée par un sentiment d’éternité. En revisitant le chemin parcouru, elle fait un bilan de l’essentiel, et y trouve aussi du sens : “Non seulement je dirai ma vérité, mais en plus, on ne m’oubliera pas”, ai-je entendu à maintes reprises. S’y ajoute parfois l’idée d’une pacification : “Ai-je été un bon père? Ai-je su dire des mots d’amour?”. Ou celle de réconcilier une famille conflictuelle.

Le destinataire de cette histoire, lui, dit ressentir une présence presque perceptible et surtout un immense réconfort. Le livre est un objet supplémentaire propice au recueillement, comme l’est la stèle. Un objet en papier, qui orne l’autel sans fétichisme, et que chacun s’approprie à sa façon. Je me souviens de cet enfant dessinant sur les pages blanches insérées à la fin du livre; ou encore ce grand-père, qui avait écrit qu’il croyait beaucoup dans les capacités de son petit-fils, alors que celui-ci ne fichait rien à l’école. C’est en lisant les mots de son aïeul, et pour lui, que l’enfant devenu grand a finalement obtenu son bac, nous a-t-il confié un jour. »

Une aide au deuil

« Lire et relire le récit d’un proche n’entrave en rien le travail du deuil, ajoute Valéria Milewski. Au contraire, nous avons observé qu’il était une aide véritable en cas de deuil pathologique. Le moment où nous le remettons est, en revanche, central dans la démarche. Quand je ne peux pas donner le livre fini à la personne elle-même, je l’envoie au destinataire que le défunt a désigné. Mais jamais avant six ou neuf mois minimum, le temps nécessaire pour que passe la douleur sèche du deuil. S’il est lu trop tôt – nous en avons fait l’expérience –, le livre amplifie la souffrance. Avec plus de distance, et c’est unanime, il a un véritable effet d’apaisement. »

La personne qui décide de faire le récit de sa vie veut laisser une trace, précise Valéria Milewski.

Le tatouage, un hommage et un rituel

« C’est après la mort de ma mère que j’ai développé ce projet de protocole spécifique par le tatouage comme hommage et élément de résilience, raconte quant à elle Simone-Aimée Le Mazou. Tout d’abord à travers un mémoire sur le sujet, à l’issue de ma formation sur le deuil à l’Espace éthique-Assistance publique-Hôpitaux de Paris, puis en créant récemment l’association Source de résilience. »

Une façon d’intérioriser le lien

« Choisir de se faire tatouer après la disparition d’un proche est un rite très fort symboliquement, indique Simone-Aimée Le Mazou. Il s’agit d’utiliser la douleur physique provoquée par le tatouage, et volontairement consentie, comme outil de transformation de la douleur psychique. Cela permet de recréer un nouveau lien, plus intime, avec la personne défunte. C’est pour cela qu’il est crucial de ne pas “tatouer la douleur” – c’est-à-dire ne pas aller trop vite –, alors que l’on est encore dans la période descendante du deuil. Le tatouage risquerait d’avoir l’effet inverse : devenir le symbole d’un mauvais souvenir. D’où l’importance aussi de la formation des tatoueurs, qui doivent apprendre à travailler avec des personnes fragiles et vulnérables. »

Un prétexte pour parler de son deuil

« Certains choisissent d’inscrire cette marque sur une partie cachée de leur corps, d’autres au contraire, sur une partie plus visible, confie Simone-Aimée Le Mazou. Le mien est sur mon épaule, je peux le montrer si je le souhaite et je sais alors qu’on m’en parlera, que ce sera l’occasion d’évoquer ma mère, et plus généralement, d’ouvrir la parole sur le deuil, car c’est l’essence même de mon projet : lever le tabou encore trop présent autour de la mort. »

À lire

Au bonheur des morts, récits de ceux qui restent de Vinciane Despret (La Découverte, “Poche”).
« J’ai une amie qui porte les chaussures de sa grand-mère afin qu’elle continue à arpenter le monde. À l’anniversaire de son épouse défunte, un de mes proches prépare le plat qu’elle préférait. » Les témoignages recueillis par Vinciane Despret démontrent combien « faire son deuil », ce n’est pas oublier ceux qui ne sont plus là, mais transformer leur absence en présence éternelle.

Les Vies extraordinaires d’Eugène d’Isabelle Monnin (JC Lattès).
Comment raconter l’histoire d’une vie interrompue à l’âge de 6 ans ? En imaginant ce à quoi elle aurait pu ressembler. Un roman du deuil singulier, et un magnifique témoignage littéraire sur la résilience.

Il est où, Ferdinand? Journal d’un père orphelin de Patrick Chesnais (J’ai lu).
Le fils du comédien meurt un matin d’octobre, à l’âge de 20 ans, dans un accident de voiture. Le comédien lui rend hommage par l’écriture, pour « le faire vivre en écrivant au jour le jour tout ce qu’il me restait de lui. Un ouvrage écrit comme ça, comme ça venait… Un ouvrage fait, je crois, de douleur et d’amour ».

Rédigé par : Marie Lannelongue pour PSYCHOLOGIES

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