Faire face à la mort brutale d’un proche

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Faire face à la mort brutale d’un proche

Quelques jours, quelques heures avant, vous parliez avec elle, elle était là. Et puis, il y a eu ce coup de fil des pompiers, cette visite des gendarmes : cette personne que vous aimez, qui occupe une place capitale dans votre vie, n’est plus. Comment, du jour au lendemain, parvenir à vivre sans l’autre ? Nadine Beauthéac, psychothérapeute spécialisée dans l’accompagnement des endeuillés et auteur de plusieurs ouvrages sur le deuil, dont 100 Questions sur le deuil et le chagrin (Le livre de poche), nous guide dans ce parcours difficile.

PFG et PSYCHOLOGIES s'allient pour vous proposer des éléments de réflexion sur des questions fondamentales autour du deuil. Des réponses simples et aidantes d'experts permettront d'accompagner tous ceux qui viennent de perdre un proche et leur entourage dans ce moment éprouvant.

« Son mari était à l’étranger quand ma sœur a été prévenue qu’il avait eu un accident. Ce n’est que sur place qu’on lui a appris sa mort. Lorsque je suis venue la chercher à l’aéroport, j’étais en larmes et c’est elle qui me soutenait. Elle flottait, s’était comme dédoublée. Pendant des mois, elle a continué à parler de lui au présent. Elle disait qu’il était en voyage. Elle continuait à s’affairer, à s’occuper des enfants, comme si rien n’avait eu lieu. »

Anne, 58 ans, Paris

La brutalité du choc

« Le décès d’un proche est toujours une épreuve. Mais quand il survient de façon brutale, le choc de l’annonce peut provoquer un traumatisme psychique, tel qu’un état permanent d’anxiété et d’agitation extrême ou, à l’inverse, une déconnexion entre les systèmes émotionnel et intellectuel. La personne se trouve plongée dans un état de sidération qui peut durer quelques heures, parfois quelques semaines, voire plus. Ou se dissocie : en apparence, le quotidien a repris son cours, mais elle est absente à elle-même. Récemment, une femme m’a appelée en me disant : “Mon fils est mort il y a huit mois. J’ai votre numéro depuis longtemps, mais c’est le premier jour où j’arrive à vous téléphoner.” J’ai compris à sa voix qu’elle vivait en fonctionnement automatique depuis tout ce temps. »

Se confronter aux émotions

« Pour que le processus de deuil se mette en place, il faut se confronter à ses émotions qui, dans tous les cas, sont complexes et douloureuses. Avec souvent des accès de culpabilité : “J’aurais dû me rendre compte que… Je n’aurais jamais dû dire ou faire cela…” Afin d’intégrer cet événement impensable qu’est la mort, on a besoin de se repasser le film de l’événement, de reparler des circonstances du décès, de mettre des mots, d’amorcer des explications sur ce qui s’est passé. Freud parlait de « surinvestissement du défunt » le décès d’un proche prive le psychisme d’un repère affectif primordial. Il lui faut compenser ce manque par une parole sur le disparu. Convoquer les souvenirs, ressortir les photos, les objets, tout ce qui reste du défunt est une étape cruciale du travail du deuil. Il est fondamental que l’entourage puisse écouter l’endeuillé, sans porter de jugement ni chercher à le consoler. » 

Il a besoin de mots simples comme : “De quoi as-tu besoin ?”, “As-tu déjeuné ?”, “Est-ce que tu dors un peu ?” Des mots qui l’aident à prendre soin de lui.

Trouver un lieu de parole

« Une de mes patientes m’avait dit lors de son premier rendez-vous : “J’ai perdu mon cinquième enfant, il s’est noyé. Je viens vous voir parce que mon mari pense qu’après six mois je ne devrais plus avoir de raison de pleurer.” Mais même vingt ans après, on a encore des raisons de pleurer ! Il n’y a pas de temps du deuil bien établi, chaque histoire est unique. Pour certains, sortir de la période de grande souffrance prendra des années. Le deuil n’est pas un sprint, c’est une course de fond. Il faut être patient et endurant. Et ne pas hésiter à consulter un psychothérapeute ou à rejoindre un groupe de parole, voire les deux.
Trouver un espace où l’on peut exprimer toute sa souffrance et se sentir véritablement accompagné, étayé, apporte un soutien considérable. »

Des œuvres pour vous accompagner

Sélection de Nadine Beauthéac pour mieux comprendre le processus du deuil.

3 livres :

  • Cinq Manières de vivre son deuil de Susan A. Berger, Éditions Payot.
  • À présent de Brigitte Giraud, Éditions Stock.
    Sur la mort brutale du conjoint.
  • Consolation de Nathalie Aumont, Éditions Arléa.
    Sur le deuil d’un frère.

3 films :

  • Des gens comme les autres de Robert Redford.
    Sur la mort d’un enfant et la difficulté de communiquer dans la famille.
  • Pour l’amour de Bennett de Shana Feste.
    Sur la mort d’un ado et le regroupement de la famille autour de la petite amie.
  • The Descendants d’Alexander Payne.
    Sur la disparition de l’épouse et mère.

Rédigé par : Aude Goullioud pour PSYCHOLOGIES

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