Pourquoi ces 5 croyances compliquent-elles le processus de deuil ?

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pourquoi ces 5 croyances compliquent-elles le processus de deuil

Toutes les croyances ne sont pas des vérités. Certaines, plutôt que d’aider l’endeuillé, peuvent accroître sa souffrance. Deux spécialistes nous en expliquent les raisons.

PFG et PSYCHOLOGIES s'allient pour vous proposer des éléments de réflexions sur des questions fondamentales autour du deuil. Des réponses simples et aidantes d'experts permettront d'accompagner tous ceux qui viennent de perdre un proche et leur entourage dans ce moment éprouvant.

Les hommes se consolent plus vite

« Beaucoup d’hommes sont capables, dans la première année du deuil, de nouer une nouvelle relation, alors qu’il faut souvent plusieurs années à une femme pour le faire.
Reconstruire sa vie pour un veuf ne veut pas dire qu’il a rayé de son cœur et de ses pensées son épouse défunte, mais qu’il a la capacité de vivre au présent tout en mettant ses émotions du deuil “de côté”, ce que la plupart des veuves ne peuvent pas faire, explique Nadine Beauthéac, psychothérapeute et auteur d’Hommes et femmes face au deuil (Albin Michel). Elles ont besoin d’avoir intégré leurs émotions pour passer à un nouveau lien. Pour un grand nombre d’entre elles se pose aussi la question de la fidélité au défunt. Tout un travail psychologique est à faire pour comprendre qu’aimer à nouveau n’est pas trahir le mort, que c’est un témoignage de vie, et que les vivants ont le droit, et même le devoir, de vivre. Ces différences de vécu se retrouvent aussi dans la sexualité. Alors qu’elle peut aider un homme à se sentir vivant, pour une femme au contraire elle peut être empêchée par le chagrin, le manque d’envie de vivre.
Afin d’éviter les généralités de genres, les Américains évoquent une “façon féminine” ou “masculine” de traverser le deuil. Une femme peut très bien le faire de façon masculine, davantage dans l’action, le silence ; et inversement, un homme peut se retrouver dans une attitude plus féminine, un besoin d’exprimer ses émotions. Il y a mille façons de faire face à la perte, c’est donc primordial d’éviter les jugements lapidaires et les incompréhensions. »

Freud disait qu’il fallait faire cela en détail, et Lacan précisait « pièce par pièce, morceau par morceau »

Ce n’est pas bon de ressasser les souvenirs

Parler du mort, se rappeler les souvenirs avec lui, ça n’est pas ressasser, bien au contraire, c’est même une étape fondamentale. La mort d’un proche est un réel inadmissible, que l’on peine à se représenter. Elle fait toujours effraction dans le psychisme. Imaginons que l’histoire de notre vie soit une trame faite de mots, d’images. Eh bien la mort vient déchirer cette trame, y faire un trou béant.
Le premier processus du deuil sera de repriser cette trame. Pour cela, on va convoquer les mots, les souvenirs, les images, les photos, les rêves… C’est le temps de la convocation et de l’évocation du défunt. Freud disait qu’il fallait faire cela en détail, et Lacan précisait « pièce par pièce, morceau par morceau ». On comprend alors que cela prend un temps fou de se représenter l’autre dans son nouvel état, d’accepter que nous ne pourrons plus le prendre dans nos bras, entendre sa voix, qu’il ne nous reste plus que les mots, les images, les souvenirs, sans la chair, sans le vivant.

Garder les affaires du défunt entretient le chagrin

« Je vais t’aider à trier les affaires » ; « Garder ces vêtements dans la penderie, ça ne peut que te faire du mal »… Ce ne sont pas les vêtements dans la penderie qui font du mal, mais le fait que la personne qui les portait soit morte, affirme Nadine Beauthéac.
Le psychisme ne peut pas passer de la relation que l’on avait avec la personne vivante à plus rien. Ces “traces du défunt” sont comme une assurance qu’il a bien existé dans notre vie. Elles jouent un rôle proche de celui de l’objet transitionnel pour le petit enfant. Tout comme il investit un “doudou” qui lui permettra de passer des bras de sa mère au vaste monde, nous avons besoin, lors d’un deuil, d’objets transitionnels pour supporter la séparation. Le psychisme ne peut pas passer de la vie avec l’autre au vide que laisse son absence. Ces objets n’empêchent pas d’évoluer dans le deuil. Bien au contraire : au début, ils rassurent et permettent d’endiguer un peu une séparation trop cruelle. Pour aider l’endeuillé à opérer un tri, le mieux est de lui demander : “Qu’as-tu besoin de garder ? Que préfères-tu ranger ou donner ?” Et de respecter absolument ce qu’il ressent comme bon pour lui, sans porter aucun jugement. »

Parler du mort, se rappeler les souvenirs avec lui, ça n’est pas ressasser, bien au contraire, c’est même une étape fondamentale.

Il faut trouver une façon imagée d’annoncer la mort à un enfant

« Quand la mort survient dans sa famille, c’est un droit incontournable pour l’enfant de le savoir, plaide Patrick Ben Soussan, psychiatre, responsable du département de psychologie clinique à l’Institut Paoli-Calmettes, à Marseille. Même à un bébé il faut parler, même s’il ne saisit pas tout, il comprend le principal : un drame s’est produit, mais on ne l’isole pas, il fait corps avec le reste de la famille, on va traverser cela ensemble. » Nous voudrions protéger l’enfant de notre chagrin, ne pas nous effondrer devant lui. « Mais pour le parent, formuler cette vérité, c’est aussi en prendre acte, remarque le psychiatre, qui a aussi dirigé l’ouvrage L’Enfant confronté à la mort d’un parent (Érès). Chacun dit les choses comme il le peut, on a le droit d’exprimer sa tristesse. L’important, c’est d’être vrai et de rester au plus près de la réalité : “Papa est mort”, sans chercher à l’édulcorer avec des “Il est parti en voyage” ou “Il est au ciel”. Tant d’enfants à la suite de paroles de ce genre sont paniqués au moment d’aller se coucher ; ou attendent vainement le retour du défunt. Quelle que soit la réaction de l’enfant, il est essentiel pour lui de trouver une grande écoute, de pouvoir exprimer tout ce qu’il ressent, de sentir que son entourage est là pour lui. »

Il faut voir le corps pour intégrer la mort de l’autre

« Il est bien plus important d’avoir été présent au moment de la fin de vie que de voir le corps mort, précise Patrick Ben Soussan. Je ne partage pas ce discours selon lequel voir le corps aiderait à prendre conscience de la réalité de la mort. Dans cette rencontre avec la dépouille du défunt, ce qui se joue n’est pas de le “voir” comme pour faire un constat médical, mais de venir se recueillir auprès de ce corps “animé” (c’est-à-dire doté d’une âme), aimé, investi, avec lequel nous avons partagé une histoire. Mais dans nos sociétés modernes, les situations où cette confrontation est empêchée sont multiples : lorsque le corps est méconnaissable, comme à la suite d’un très grave accident, d’un attentat, ou lorsque l’on vit à l’autre bout de la planète et qu’il est impossible d’être présent à temps. À nous d’inventer alors notre propre rite pour saluer le défunt. Ce peut être marcher au bord de la mer comme il aimait le faire ; ou prier dans un lieu de culte… Ce qui compte, c’est de suspendre ses activités un temps pour rendre hommage à celui qui n’est plus. »

Deux livres pour mieux vivre

100 Réponses aux questions sur le deuil et le chagrin de Nadine Beauthéac (Le Livre de poche).
Vivre le deuil au jour le jour de Christophe Fauré (Albin Michel).

Ces deux ouvrages profonds, émouvants et extrêmement documentés, sont écrits par deux thérapeutes, spécialisés depuis plus de vingt ans dans l’accompagnement des personnes endeuillées. Avec une grande humanité, Nadine Beauthéac et Christophe Fauré posent des jalons pour aider à penser et à traverser la perte d’un proche.

Rédigé par : Aude Goullioud pour PSYCHOLOGIES

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